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  1. Jacky Lecouturier
    Photographe

    Clémence van Lunen - Emile Desmedt - Gérald Dederen
    Sculpteurs

    Baudouin Oosterlynck
    Artiste du son

    Exposition à la Galerie Quai4 - Quai Churchill 4 - 4020 Liège

    du 30 janvier au 01 mars 2015

    Vernissage le jeudi 29 janvier 2015 de 17h à 21h

    La galerie est ouverte du jeudi au samedi de 15h à 19h et sur rendez-vous,
    ainsi que les dimanche 01 février et 01 mars 2015 de 11 à 17h.

    galerie@quai4.be
    www.quai4.be

    tél. +32 476 91 28 01

     

    Jacky Lecouturier, au grand air

    Le marquis d’Hervey de Saint-Denys, sinologue, traducteur de poésie chinoise, et surtout auteur en 1867 d’un ouvrage paru anonymement, Les Rêves et les Moyens de les diriger, assurait pouvoir faire apparaître en rêve, durant son sommeil, à l’aide d’une simple musique à laquelle il l’avait associée, une dame dont il espérait les faveurs. L’un des principaux théoriciens du paysage classique, le peintre N.-G.-H. Lebrun, a consacré un chapitre entier de son Essai sur le paysage. Du pouvoir des sites sur l’imagination (1822) à établir une typologie des arbres, classés en fonction des états d’âme qu’ils peuvent suggérer chez l’être humain lorsque celui-ci les contemple. Et cinq siècles plus tôt encore, l’on prête à Giotto la création d’un véritable nuancier des nombreuses couleurs de ciels d’Ombrie, envahis – un peu, beaucoup, pas du tout – par des nuages de différentes formes, qu’il allait utiliser dans les fresques murales de sa Vie de Saint-François, selon l’humeur et la ferveur qu’il souhaitait susciter chez le regardeur.    

    Je ne suis pas loin de penser que Jacky Lecouturier a secrètement le désir, pas seulement facétieux, d’amener chez le spectateur des dialogues de cette sorte, entre les photographies qu’il nous fait découvrir et les émotions qu’il a lui-même ressenties au moment de pousser sur ce petit bouton autrefois mécanique qu’on appelait, à l’ère de l’argentique, et si justement, le « déclencheur ». Déclencheur : au-delà de l’agrément immédiat, les voyages et la découverte de nouveaux horizons sont souvent, dit-on, d’excellents remèdes aux écorchures de l’âme. Lors de ses pérégrinations en France, en Italie ou en Corse, Jacky Lecouturier a capté ces instants où nos sens sont soudainement mis en alerte par le cadre naturel d’un paysage. 

    Ces moments fugitifs où notre fibre intérieure, ébranlée plus ou moins fortement, plus ou moins souvent, fait résonner en nous une idée, une réminiscence, un sentiment, une mélancolie, une particule de bonheur. C’est l’attrait lointain d’une île d’Elbe que n’aurait pas imaginée Napoléon. C’est une nappe de brume blanche qui tombe à l’arrière-plan de terres brunes, éclairées par un rayon de soleil. Les verts ondoyants d’un eucalyptus géant aux branches enchevêtrées. Ou encore une variation musicale de vagues avançant, puis reculant vers le large. 

    Les images de Jacky Lecouturier, en petits polaroïds retrouvés ou en tirages récents, n’idéalisent pas la nature, mais la restituent dans ce qu’elle a parfois de spectral. Ainsi, lorsque la lune, pleine, grosse, ronde, apparaît par une grande nuit bleue, on pourrait craindre qu’elle n’annonce l’instant fatal, l’accident final. Et pourtant, nous pourrions également parier sur la lumière argentine de l’astre lunaire, et sur ce qu’elle peut amener d’heureux, d’harmonieux et de propice au repos, dans la conjonction de la fraîcheur et de la tranquillité nocturne. 

    En cette sombre période de chaos que nous traversons, les images de Jacky Lecouturier nous invitent donc à une forme de contemplation qui n’est ni anachronisme, ni gonflement de béatitude. Il s’agit plutôt d’associer l’excitation de la rêverie et la subjectivité de l’imaginaire, pour mieux faire face aux fracas du monde réel, et lui rendre en quelque sorte la monnaie de sa pièce : une capacité confiante à garder les yeux ouverts, tant qu’il en est encore temps, pour mieux se saisir des mille et une nuances que nous offre généreusement ce paysagiste de l’air, de l’eau, de la terre, et du feu. Pour l’occasion, il a associé aux éléments naturels de son parcours, quatre complices, quatre sculpteurs de la matière et du son, Clémence van Lunen, Emile Desmedt, Gérald Dederen, et Baudouin Oosterlynck, qui partagent avec lui l’une ou l’autre de ses approches.

    Alain Delaunois


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